L'ordinateur semble une création caractéristique de la seconde moitié du XXe siècle. Mais son apparition ne s'explique pas sans une lente maturation du concept depuis l'Antiquité, ni sans l'invention, au fil des siècles, de mécanismes de plus en plus ingénieux permettant d'effectuer des calculs de plus en plus complexes.
Le premier de ces mécanismes, ce sont les chiffres eux-mêmes dont Georges Ifrah a raconté l'histoire. Ces chiffres, on les représente et on les manipule d'abord à l'aide d'abaques, puis, dès le XVIIe siècle, de bâtonnets de Neper, ancêtres des règlesà calcul. Ils se transportent sur des rouages avec les machines de Pascal, de Leibniz et de quelques autres moins célèbres. Le calculateur mécanique s'enrichit de la carte-programme empruntée au métier à tisser, qui préfigure la mécanographie.
Au XIX' siècle, avec Boole, la logique s'en mêle. Enfin, Charles Babbage, le grand Anglais qui mériterait de devenir le saint patron des informaticiens, conçoit l'ordinateur moderne qu'il baptise "machine analytique". Mais sa solution demeure impraticable parce que seulement mécanique... Puis c'est la saga de Hollerith, le fondateur d'IBM. Cette préhistoire et cette histoire qui s'achèvent en 1946 avec l'avènement des ordinateurs électroniques sont celles d'une grande idée et de petites inventions, d'un projet qui semble trébucher et balbutier pendant des siècles, ruiner ou rendre fous des originaux qui passent pour des obsédés d'une chimère, avant d'exploser au XXe siècle dans une transformation radicale du monde.
Cette histoire est humaine autant que technique. Elle passionnera tous ceux que les ordinateurs intriguent et elle les réconciliera peut-être avec tous ceux qu'ils inquiètent. Elle représente un des aspects les plus importants de notre patrimoine intellectuel.